Tel un arbre

Anouar Benmalek écrit dans le livre hommage, Tu ne mourras pas demain, évoquant la vie de sa mère, une phrase qui résume à elle seule pourquoi j’ai choisi ce métier :

« Tu n’en as pas livré plus, et, maintenant, qu’il est trop tard, je devrai me contenter de cette réponse lapidaire. Bon Dieu, pourquoi ai-je manqué à ce point de curiosité quand tu étais vivante […]? Je t’ai embrassé les pieds quand tu es morte, pourquoi ne l’ai-je pas fait avant pour te soutirer l’histoire des moments-clés de ta présence sur terre -donc, un peu, de la mienne ?« 

Est-ce l’âge ? Est-ce parce qu’il arrive un moment où l’on accepte la précarité de la vie, sa fugacité que l’on s’interroge sur ses origines ? 

Pourquoi ce besoin soudain de connaitre l’histoire d’une grand-mère, d’un grand-oncle ? Pourquoi maintenant vouloir entendre comment notre père a affronté la guerre, comment notre mère a vécu un amour ?

En quoi les réponses à cette multitude de petites questions de la plus prosaïque à la plus spirituelle deviennent-elles pressantes… ?

Est-ce parce que l’Homme cherche naturellement à laisser une trace éternelle de son passage dans la vie qu’il se tourne vers le passé pour mesurer le sillon qu’il a tracé en lui, ce qu’il a gardé de l’histoire familiale ? Parce que si le passé est imprimé en lui, alors il est plus que probable que lui-même s’inscrira dans l’avenir.

Certains pensent cela. Le corps s’en va mais l’influence, l’esprit, restent dans les coeurs.

Ou serait-ce le sentiment de stagner, le besoin de bousculer des acquis devenus insatisfaisants, encombrants ? L’impression que toujours, les mêmes difficultés se renouvellent avec leur lot de mêmes rejets, refus, regrets ou remords. Le sentiment que rien ne bouge, que l’on n’évolue pas « pourquoi » ?

Certains disent que la mémoire familiale est inscrite dans nos gènes, qu’à la naissance déjà un réseau de succès et d’échecs nous accompagne.

Pour les développer ? Pour reproduire, poursuivre, sublimer les succès ?

Pour les surmonter ? Pour casser la chaine de la répétition des échecs ?

Serions-nous un simple et dérisoire élément de l’ensemble familial ? A la fois unique et destiné à une « mission » tout en contribuant à faire avancer l’ensemble familial depuis son origine ?

Quoi qu’il en soit, quoi qu’il se dise, se pense, il arrive un jour où l’on se tourne vers les anciens pour savoir quelles intersections ils ont prises, leurs choix de vie, leurs raisons, les événements qui les ont bousculés, obligés, ce qu’ils ont choisi, ce qu’ils ont subi… et étudier notre place dans ce grand plan familial, réfléchir à nos propres choix, directions, raisons ou affections.

Découvrir que nous sommes tous reliés à nos racines. Branche ou feuille, fleur ou fruit, quoi que nous soyons sur cet arbre, nous sommes tous nourris des mêmes racines. 

Qu’espérons-nous apprendre, trouver, comprendre dans ce flot d’interrogations si ce n’est nous-même ?

Ecrire sa biographie, laisser une trace, sa trace, sa compréhension du monde, participe à la sauvegarde familiale. Il s’agit d’un acte charitable, de partage, de don visant à aider la génération suivante, à lui donner les clés pour débuter plus loin, plus vite la construction de son propre parcours.

Sophie
Ecrivain Biographe, exerce à Toulouse et région Sud Ouest.

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