Mathias Malzieu ou le coeur de Dyonisos

mathias malzieu
Blog sophie hesbois, biographe

J’ai découvert Mathias Malzieu au hasard d’un zapping. Intéressée par l’actualité littéraire, j’avais entendu parlé du journal d’un vampire en pyjama mais je n’avais pas encore mené mon enquête pour savoir de quel type de vampire il s’agissait.

Alors, lorsque sur le plateau télé, j’ai écouté ce petit homme énergique, à l’optimisme contagieux, raconter brièvement l’histoire de son livre, j’ai attendu patiemment sa sortie en librairie et je n’ai pas été déçue. Juste surprise, agréablement, par les ingrédients utilisés pour décrire l’indescriptible.

Mathias Malzieu est magicien. Il chante, il orchestre la voix du cœur, de l’âme, au sein du groupe Dyonisos. Il est poète et déverse ses mélodies dans les livres. Depuis fin 2013, il est un super-héros, un survivant.

Le journal d’un vampire en pyjama relate l’histoire d’une mécanique qui déraille. Quelques semaines avant noël 2013, le diagnostic tombe : aplasie médullaire, arrêt du fonctionnement de la moelle osseuse. Il faudra plus d’un an avant que le tsunami d’émotions et de maux ne s’apaise, que le quotidien et son lot de miraculeuses petites normalités n’annonce le retour du guerrier, le repos du combattant.

C’est l’écriture d’un drame qui se déroule comme un roman épique, bascule dans le thriller pour s’ouvrir sur le monde réel. Le merveilleux monde réel.

Le corps de Mathias rejoue le côté obscur de la force, cette fois à l’ombre de ses os. Pour survive à l’énoncé du verdict, Mathias mobilise l’enfant en lui, transforme le drame en conte, prend de la distance, contourne le danger, la mort même, pour pouvoir dire l’indicible.

Mathias va affronter Dame Oclès avec ses armes : un film, un skate-board, un siège-œuf, des vinyls blancs, du Coca light. A sa rescousse, des super-héros : Rosy, des nymphirmières, Walt Whitman, Tom Cloudman et bien d’autres.

Le chevalier roux va hanter l’appartelier, les plateaux télé, l’hopital Cochin, l’hopital Saint-Louis, traverser de longs couloirs blancs, des chambres stériles, se blottir dans un œuf, se cacher sous un masque, dégringoler d’un taxi.

Le chevalier blanc, flanqué de la Dame noire, va lutter contre un monde en noir et blanc afin de délivrer le technicolor.

Sa mission : Recréer les couleurs de sa vie, les nuances de son monde. En lui. Sur ses joues, sur sa tête, autour de lui. Dans sa vie. Renaitre.

Le journal d’un vampire en pyjama s’écrit en douceur puis bascule brusquement dans la pire des batailles, celle du temps : après le conte douloureux vient le thriller angoissant où toute la poésie est dans l’instant, dans le fait : cathéter, prises de sang, transfusions, greffe, nausées, machines sifflantes, malaises, fièvres, couloirs déserts, pas de course, yeux mystérieux, scanners, IRM, visages dissous dans le brouillard… la lutte s’intensifie, chaque seconde peut être fatale, la lucidité s’abandonne à l’évanouissement, voire l’inconscience… définitive. Mathias ne sait plus s’il est vivant ou s’il est mort.

Je lis ces chapitres au rythme haletant, dans le même état de tension que le texte tranchant, intense, sans plus de fioritures, il n’est plus temps, il n’a plus le temps. Comme le conteur, je suis perdue, enveloppée d’urgence, d’attente, entre réalité et paradis. Ou enfer.

Bien que je connaisse l’issue de ce drame, il faut lire et relire les mots, les détails, les descriptions, les non-dits, les métaphores, pour tenter de comprendre ce que l’on ressent, ce que l’on traverse quand la mort tente de vous arracher aux bras qui vous entourent ; lire pour tenter de mesurer comment se mène un humble et pourtant acharné combat dont l’arme principale et la plus puissante de toute, est, et sera toujours, l’espoir.

Je n’avais jamais lu un conte de fée, dramatique, virant au thriller. Un livre OVNI, qui parle d’amour et d’espoir sur un parterre de souffrances.

C’est le cadeau que je vous recommande en ce jour de Saint-Valentin.

Sophie
Ecrivain Biographe, exerce à Toulouse et région Sud Ouest.

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