Delphine de Vigan – d’après une histoire vraie

deviganIl vaudrait mieux, parfois, ne jamais rencontrer l’auteur dont les mots nous ont touchés. Dont les romans s’éclairent d’accents de vécu, de vérité, qui résonnent, nous touchent, nous révèlent et nous donnent à nouveau -s’il en est besoin- la preuve que chacun a sa place légitime dans ce monde quels que soient les événements qui ont troublé sa vie et la bouleversent encore.

Non, il ne faudrait pas rencontrer l’auteur dont une image s’est formée au fil de ses livres, de ses phrases, de ses maux, jusqu’à en modeler une idole.

Mais je l’ignorais avant de foncer sans réfléchir à la rencontre organisée à Toulouse en présence de Delphine de Vigan.

Car « rien ne s’oppose à la nuit » m’a profondément touché. « No et moi », qui m’avait laissé dubitative, a pris tout son sens éclairé de ce roman « vrai ».

Puis j’ai lu quelques-uns de ses précédents romans et j’ai attendu l’opportunité de rencontrer cette femme dont je partageais l’intimité depuis quelques années maintenant.

Salle comble à la médiathèque de Toulouse, ce fameux vendredi soir. Nous venions tous pour des raisons différentes. La plupart pour Delphine, évidemment. Mais aussi pour la culture, pour la sortie du vendredi soir…

Après les digressions et autres explications de l’animateur autour de son dernier roman « d’après une histoire vraie », Delphine de Vigan a commencé à répondre aux questions.

Je l’ai observé. Elle est si différente de l’image que je m’étais forgée. Je n’avais pas eu de curiosité autre que celle de la retrouver égale à la femme née de ma lecture.

Jamais je n’avais consulté internet pour connaître son parcours. Et si j’ai appris avec surprise qu’elle formait un couple avec le bel animateur cultivé de La Grande Librairie, c’est au détour d’échanges dans le public lorsque nous attendions l’ouverture des portes de la salle.

J’ai découvert une femme rompue maintenant à l’exercice de l’interview. Mais ça, je l’ai compris ensuite, lorsque j’ai lu de dernier roman que je n’avais pas encore acheté. A ce moment-là, je l’écoutais et je ne retrouvais pas celle qui m’avait ému aux larmes dans « Rien ne s’oppose à la nuit », j’observais une femme qui nous menait sur les voies du doute, entre le vrai et le faux, qui entretenait un mystère qui pourtant avait été dévoilé dans son roman précédent. Celui-ci n’était-il plus aussi vrai qu’elle l’avait écrit ?

Pourquoi cette fuite ? Pourquoi laisser supposer aujourd’hui que la fiction vient altérer la vérité que nous avons devinée ?

Nous sommes tous des voyeurs, des voleurs de vie, des vampires assoiffés de l’autre, différent ou au contraire nous ressemblant. Nous avons tous besoin de nous rassurer, de nous étonner, de nous retrouver dans l’autre, de nous compléter de l’autre. Dans un monde où l’on ne se regarde plus dans les yeux, on l’on plonge dans des écrans toujours plus petits pour se chercher, l’auteur de romans, de récits, est celui qui nous dévoile qui nous sommes et qui est notre voisin.

Mais Delphine botte en touche, elle revendique le roman plutôt que le récit, elle esquive l’identité de la fille sur les photomatons de la couverture du dernier livre, elle reconnaît enfin que « rien ne s’oppose à la nuit » est le roman de la vérité, celui qui l’a poussée aux recherches, à l’investigation tant elle désirait parler vrai… mais peut-être qu’il y a de la fiction mêlée…

Peut-être nous a-t-elle menés en bateau, peut-être qu’à défaut de l‘auteur fragile, nature et transparente que j’avais découverte et aimée, il s’agissait d’une géniale romancière capable de brouiller les pistes, de tromper le lecteur comme on l’attend d’un bon auteur de thriller.

Sauf qu’elle n’écrit pas de thriller…. Sauf à l’entendre parler du dernier roman qui se veut inspiré des ficelles d’un Stephen King et dont on veille à ne pas dévoiler trop de l’intrigue pour ceux dans la salle, comme moi, qui ne l’ont pas encore lu.

Alors voilà qu’elle se met à écrire « comme d’autres » ? m’étonnais-je, contrariée.

L’esprit embrouillé, comme trompée sur la marchandise, je quitte cette rencontre, mitigée : soit, j’étais probablement une voyeuse ; soit, j’aimais le vrai et j’étais déçue de découvrir que la vérité « pure » n’existe pas.

Je demande à me faire un avis et j’achète enfin le livre. Pour voir. Pour me réconcilier avec Delphine ou pour l’oublier.

Déjà, lorsque je lis la petite phrase de la quatrième de couverture, je me souviens du roman marquant de Marguerite Duras « le ravissement de Lol V. Stein ». Je n’avais pas trouvé, depuis, plus réussi, plus abouti, dans le roman psychanalytique. Plus complexe et à la fin, plus évident. Une vraie révélation.

Le dernier Delphine de Vigan m’a tout de suite fait penser à ce roman. Comme un écho. Je l’ai lu avec cette grille de lecture.

J’ai décelé les jalons semés au fil des pages pour nous préparer à une fin que l’on devine dès le début. J’en veux plus, beaucoup plus et je lis en espérant ne pas être déçue. J’avance car jusqu’au dernier mot, je peux trouver ce que je cherche pour confirmer que je n’ai pas lu en vain. Le roman se veut triller, j’en exige les surprises, les retournements de situation.

J’ai vu Delphine. Et encore Delphine. J’ai lu la souffrance, la torture qui saisit les écorchés vifs lorsque leur création leur échappe, leur vie même leur est aspirée pour se transformer mille fois entre les mains de mille nouveaux possesseurs dont je fais partie.

Jusqu’au dernier mot, j’ai espéré le petit « plus » qui rendrait ce roman unique et d’égale valeur au précédent. Un roman qui laisse une empreinte.

Je n’ai pas cherché à démêler le vrai du faux, à chercher l’auteur dans le texte, comme je le fais d’habitude. A cause de la rencontre qui m’a obligée à faire évoluer mon regard sur l’écrivain et sa création. Et parce que je me suis souvenue que j’écris aussi. Dans tous mes textes, je joue, je me réfugie sous le vernis de la fiction, et je pourrais le nier farouchement qu’en écho, je saurais que je mens… en partie.

Alors, j’ai su que Delphine était là, vraie, dans ce texte. Je l’ai su avec certitude au moment même où lu le dernier mot, j’ai vu le dernier signe… d’une histoire vraie.

Sophie
Ecrivain Biographe, exerce à Toulouse et région Sud Ouest.

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