Je suis Moi et je suis quelqu’un de bien !

Je commence cette nouvelle catégorie Bien-être par l’idée évoquée plus bas qui est à l’origine de mon parcours actuel. La formation de sophrologue que j’ai commencée en 2016 correspond à ma quête personnelle d’authenticité.

Où vous conduira votre propre quête ?

Je suis moi et je suis quelqu’un de bien !

Une amie chère à mon cœur, lors d’une conversation, m’a dit un jour « Sois authentique ». Dès cet instant, je me suis demandée ce que voulait dire vraiment être authentique et en quoi je lui avais semblé ne pas l’être.

Pour le Petit Robert « Authentique », quand il s’agit d’une personne, c’est ce « qui exprime une vérité profonde de l’individu et non des habitudes superficielles, des conventions (voir sincère, juste, naturel, vrai). »

Selon André Gide à la suite de la définition, « l’immense majorité des êtres humains se contentent de sentiments de convention qu’ils s’imaginent réellement éprouver »

Quant à moi, j’ai médité longuement sur la question et finalement pris conscience que je m’astreignais à une vie qui n’était pas satisfaisante, mais étrangement à laquelle je ne changeais rien.

Lorsque j’ai compris que l’image que je renvoyais était faussée par ma dichotomie intérieure dont j’étais la victime inconsciente et passive, j’ai commencé à apporter un certain nombre de changements dans ma vie : j’ai déménagé, refusé d’écouter les fameuses conventions (je le faisais déjà a minima il est vrai), balayé une partie de l’éducation quelque peu étriquée que je respectais depuis mon enfance par obéissance et non par conviction…

Devenir authentique, c’est arrivé à être heureux parce qu’en accord total avec soi-même, quels que soient les circonstances, le statut social, familial, les évènements bons ou moins bons de la vie, les choix que nous faisons.

Etre authentique, c’est avoir créé l’harmonie entre ce que l’on est au plus profond de soi et ce que l’on vit.

authentiqueEtre authentique, c’est être libre ! C’est éprouver un sentiment durable de joie et de paix !

Quels efforts pour atteindre l’harmonie, la joie, la paix ?

D’abord faire place à l’humilité puis essentiellement au courage !

L’humilité de reconnaitre qu’il y a un conflit entre ce que l’on est profondément et ce que l’on donne à voir de soi et s’accepter quand même. Le courage de se regarder tel que l’on est, tel que l’on se ment à soi-même. Celui de décider de se corriger (changer).

Le courage d’être actif dans la réalisation de ses rêves, plutôt que rêver d’un possible dont on doute trop pour le réaliser.

Le courage de cesser d’avoir peur des autres, peur de leur jugement, peur de soi, d’échouer ou de réussir, peur de son propre jugement,

Le courage de s’écouter et se faire confiance.

Le courage de dire « j’ai toujours voulu faire ci, être ça » et tout mettre en œuvre pour attendre son objectif, malgré les réticences d’autrui, leurs doutes, ses propres doutes.

Le courage de parfois dire « non » lorsque l’on a toujours dit « oui » malgré son véritable désir.

En tout premier lieu, le courage d’étonner son entourage car le travail vers l’authenticité peut surprendre et même déranger l’ordre établi, dans la famille, dans la société.

Le courage de cesser d’avoir peur de ne plus être aimé-e si l’on devenait authentique, si l’on devenait soi-même.

Le courage de changer parfois d’amis, de travail, de mode de vie pour ne plus être prisonnier de conventions qui ne nous ressemblent pas.

Je peux vous le dire, depuis que j’ai pris ce chemin, je n’ai jamais été aussi bien ! Pourtant, les mêmes difficultés sont sur mon chemin mais elles paraissent moins lourdes, les mêmes obstacles infranchissables sont aujourd’hui surmontables parce que je les étudie, j’apprends à les accepter ou à les contourner (envisager les choses autrement).

Alors si l’on vous dit « tu as changé ! » et si vous prenez cela pour une critique, dites-vous qu’il ne s’agit pas d’un changement, car on ne change pas sa véritable nature, on la REVELE lorsque l’on est prêt à se libérer de ses chaines. Révélez-vous et vous serez libre !

Je finirai en vous disant que je crois profondément, comme Carl Rogers l’évoque dans son livre « le développement de la personne », que la personne authentique est toujours fondamentalement bonne.

Alors n’ayez pas peur d’aller vous chercher, vous retrouver, car « Vous serez Vous et vous serez quelqu’un de bien ! ».

La chanson douce amère de Leïla Slimani

slimani_leilaJe n’ai pas l’habitude de lire systématiquement les prix Goncourt mais pour une fois, le sujet, simple a priori -un couple, des enfants, une nounou- m’a tentée. Je savais que le fond serait plus lourd, plus complexe et c’est cela qui m’a décidée à lire le roman de Leïla Slimani « Chanson douce ». je n’ai pas été déçue !

C’aurait pu être une situation des plus communes et sans histoire : un couple de jeunes parents vit à Paris, dans de beaux quartiers. Un logement petit mais suffisant pour tenir un rang enviable parmi ses relations. Si le mari, le père, est satisfait de son sort, la femme, la mère, est ambitieuse. La vie la destinait à une grande carrière, ses études remarquables et remarquées en avait déjà tracé le sillon et tout à coup, elle se réveille, nantie de 2 enfants, étouffée dans le carcan ingrat du rôle de mère au foyer : ce n’est pas la vie qu’elle mérite.

L’histoire se découpe en courts chapitres jonglant de l’un à l’autre des personnages, les regardant vivre, s’interroger, ressentir. Plus on avance, plus on découvre les petites perfidies humaines ordinaires d’une femme préoccupée d’elle et de son petit monde et le déséquilibre de plus en plus prégnant d’une autre dont personne ne se soucie.

Les deux femmes vont se rencontrer, l’indifférence, l’aveuglement de l’une et la déchéance, l’isolement de l’autre vont précipiter la famille dans l’horreur.

Devant l’excès de zèle de la nourrice, le couple se repose sur son aubaine jusqu’à la laisser prendre possession de leur foyer. Elle devient plus qu’une nourrice, la gouvernante, la femme de ménage, la cuisinière, parfois l’amie avec qui l’on prend le temps de partager un thé. Devant l’accord tacite du couple, elle va peu à peu dépasser ses fonctions, même contrevenir aux ordres.

Le quotidien s’enraille de temps en temps, le couple, redevenus des employeurs, agacés par ce qui perturbe leur routine bien huilée, jugent, réprimandent la nourrice, se sentent parfois prisonniers de cette envahissante étrangère, culpabilisent ou s’agacent. Mais très vite, les aspects pratiques et confortables de sa présence viennent effacer les malaises, chacun reprend ses occupations, abandonnant une nourrice de plus en plus affectée par un renvoi latent qu’elle ressent comme une menace.

Le passé de la nourrice se dévoile peu à peu, ses manies, son désir de bien faire et au-delà son besoin viscéral d’être adoptée, aimée, par la famille qu’elle choie.  Chaque conflit avec ses employeurs l’enfonce un peu plus dans la peur de perdre sa place. Sa place de nourrice ou sa place dans la famille, la frontière devient floue, le drame se tisse lentement dans l’ignorance de tous.

Leïla Slimani nous raconte plus que l’histoire d’un couple et de sa nourrice. C’est l’histoire de la rencontre de deux milieux. Deux milieux qui se croisent par nécessité mais qui jamais ne se comprennent, ni ne partagent. C’est l’histoire des nantis qui exploitent les petites gens sans les connaître, sans les comprendre, sans réaliser que ces petites gens tiennent dans leurs mains le pouvoir de les détruire. C’est l’histoire des nantis qui au lieu de prendre soin des moins bien lotis les exploitent sans scrupules ni émotions, les avilissent toujours plus avant que, inévitablement, n’ayant plus rien à perdre, les méprisés ne se tournent dans un moment de folie ou de fureur contre leurs maitres.

Cette chanson douce et cruelle comme un conte, pourrait être une mise en garde adressée à tous ceux qui jugent la valeur de l’humain à l’aune de sa productivité ; ceux qui ne voient plus l’Homme en tant que tel dans toute sa complexité, ses besoins affectifs ou matériels mais comme un objet de profit aux aspirations brimées, aux désirs trahis et ce, dans le seul but de détenir toujours plus de pouvoir et d’engranger toujours plus d’argent.

Vous n’aurez pas la haine d’Antoine Leiris

France 5 diffuse, le 13 novembre 2016 à 20h50, jour anniversaire du drame du Bataclan, le documentaire « vous n’aurez pas ma haine » réalisé par Antoine LEIRIS. Lire l’interview qui lui est consacrée ici.

Pour ma part, je souhaite partager des extraits du livre témoignage d’Antoine Leiris, victime collatérale de la fusillade du 13 novembre 2015.

C’est l’histoire d’un tsunami qui ravage une famille. Les fonds marins, secoués de tremblements, soulèvent et propulsent des murs d’eau qui ravagent des villes, des vies, des routes avant de regagner leur lit dévasté, déplacé, avant de retrouver leur paix initiale dans un nouveau décor. Les fonds marins après leur colère aussi violente que soudaine et brève abandonnent en quelques minutes un paysage chaotique, exsangue, paralysé, dans un silence stupéfié. Un paysage dont les repères changent irrémédiablement et trouveront jour après jour une nouvelle place, un ordre nouveau.

Antoine Leiris relate son quotidien depuis la nuit du drame jusqu’à 12 jours plus tard. Deux destins bouleversés : celui d’Antoine, le mari et père ; celui de Melvil, le fils. 12 jours pour accuser le choc, se murer dans le silence, l’incompréhension, puis voir, accepter plus ou moins, écouter le drame, voir son corps, plonger dans le souvenir, souffrir de l’absence maintenant, de la vie à venir sans elle, puis avancer, bousculé par les évènements, par les autres, et enfin avancer seul parce qu’il le faut pour son enfant encore un bébé, et aussi pour lui. Une si courte période paraît une éternité.


Extraits du livre témoignage 
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« J’attrape mon téléphone. Je dois l’appeler, lui parler, entendre sa voix. Contacts. « Hélène », simplement Hélène. […] C’est un appel d’ « Antoine L. » qu’elle n’a jamais reçu ce soir-là. Sonnerie. Messagerie. Je raccroche, recommence, une fois, deux fois, cent fois. Autant qu’il le faudra.

« Je pleure, lui parle, j’aimerais rester une heure encore, une journée au moins, une vie peut-être. Mais il faut la quitter. La lune doit se coucher. Le soleil, ce 16 novembre, se lève sur notre nouvel « il était une fois… ». L’histoire d’un père et d’un fils qui s’élèvent seuls, sans l’aide de l’astre auquel ils ont prêté allégeance.

« Maison, déjeuner, change, pyjama, sieste, ordinateur. Les mots continuent d’arriver. Ils viennent d’eux-mêmes, pensés, pesés mais sans que j’aie à les convoquer. Ils s’imposent à moi, je n’ai plus qu’à les prendre. […] La lettre est là : « vous n’aurez pas ma haine ».

«  Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu.

« Les choses se sont donc organisées comme ça. Sans rien me dire, les mamans de la garderie se sont débrouillées pour que Melvil ait chaque jour des petits plats qui ont le goût de l’amour d’une maman.

Melvil est un petit être bien vivant, lui. À peine arrivé, il fait tomber les masques. Il entre sur la pointe des pieds, me dit au revoir, sourit, et d’un éclat de son rire les têtes d’enterrement finissent au fond d’un coffre à jouets.

« J’aurais aimé que mon premier livre soit une histoire, et surtout pas la mienne. J’aurais voulu aimer les mots sans les craindre.

« Melvil me lâche soudainement la main. Il grimpe sur la pierre. Écrase les roses et les lys qui ne résistent pas à sa détermination. J’ai peur qu’il la cherche. Il continue son chemin dans la jungle des regrets. Agrippe la photo. La prend avec lui. Puis revient vers moi, et me prend la main. Je sais qu’il l’a trouvée.

Vous n’aurez pas ma haine, Antoine LEIRIS – 139 pages

Annie Ernaux et moi

Annie Ernaux
Annie Ernaux

J’ai rencontré Annie Ernaux dans ses livres il y a plus de 12 ans. J’avais lu La honte, La place. J’avais adoré. J’avais terminé la lecture d’un troisième livre d’elle ; j’avais détesté.

C’était le temps où je sévissais sur un réseau social unique en son genre, un réseau virtuel où se retrouvaient toutes sortes de personnes en quête de culture, d’écriture, de partage, d’échanges, de passions, de colère, de revendications aussi. Un lieu où votre présence et la pertinence –ou pas- de vos billets d’humeur vous mettent en lumière auprès d’un public volontaire, un lieu où un jour, j’ai découvert que l’on pouvait choisir ou non un livre en fonction de mes critiques.

Lorsque j’ai mesuré le pouvoir que l’on m’attribuait malgré moi, un pouvoir si relatif, je me suis rebellée intérieurement. On ne pouvait pas se fier à moi, je ne voulais pas que l’on se fie à moi, surtout pas à l’appui de billets nés d’un ressenti à chaud –le mien précisément- d’une lecture prise au hasard. Je rétorquais très vite à la personne si avide de mes critiques la subjectivité, justement, de mon avis sur tel ou tel roman et je l’invitais à se faire son propre avis ; surtout ne pas s’interdire de lire un livre parce qu’une autre lectrice l’a rejeté…

J’attaquais un texte sur le fond, jamais un auteur (et pour cause, quelle légitimité s’il en est une, avais-je pour juger un auteur ?).

J’avais rejeté irrévocablement –du moins le croyais-je- le roman Passion simple. Je l’ai jugé aussi violemment que je l’ai reçu, je l’ai attaqué durement… et aujourd’hui, je reconnais, injustement. Je n’ai plus trace de mon commentaire acerbe de ce temps-là mais je me souviens de la violence, du dégoût, du refus, nés de la lecture de ce texte d’Annie Ernaux. Une réaction épidermique, une agression dont j’ai dû me libérer en conspuant le roman sur mon lieu privilégié de liberté d’expression -littéraire notamment.

J’étais choquée par le fait qu’un tel livre existe. Je m’étais régalée d’autres titres, et comme chaque fois qu’un auteur me touche, je lis tout de lui ou presque pour en faire le tour, pour en capter plus que la surface, le fond, son thème, sa quête, son partage, sa revendication.

Pour Annie Ernaux, tout est là, étalé, à la vue, sans fioriture ni détour, nul besoin de creuser, elle égrène les faits et c’est au lecteur de comprendre les sentiments, le combat sous-jacent. Elle appelle un chat un chat. Un sexe, un sexe. Je n’étais pas préparée à cette lecture brute d’une femme asservie. Interdite, perturbée que l’on puisse aligner finalement toutes sortes de romans à la disposition de tous sans préavis, sans alerte. On prend un livre parfois pour son titre, sa quatrième de couverture mais on ne sait pas vraiment ce qu’il contient. Il n’existe pas de bandeau « attention, certaines phrases, certaines idées, peuvent choquer la sensibilité d’un lecteur non averti… »

C’était il y a plus de 15 ans et depuis, ma  compréhension du monde a évolué ; depuis, la maturité, une certaine maturité m’a forgée (heureusement) et me rapproche d’une forme de sagesse vers laquelle je tends : l’accueil sans jugement de l’autre. Ça ne veut pas dire l’acceptation mais plus que cela, accueillir la différence, le vécu d’un-e autre, son ressenti, son interprétation. Et tenter de les comprendre.

De fait, je ne ressens ni regret, ni honte d’avoir un jour craché sur ce livre difficile et d’avoir crié qu’il n’aurait jamais dû se trouver dans un rayon de librairie ou de bibliothèque.

Non, je suis simplement heureuse de pouvoir revenir sur mon jugement d’hier pour dire ma profonde gratitude à Annie Ernaux d’avoir choisi de se raconter dans un langage juste, dans un style agréable, de s’être mise à nu pour partager, témoigner d’une vie de femme, d’un corps de femme et dénoncer l’insupportable sort des femmes de son époque dans certaines situations. Ces écrits permettent à certaines femmes de se sentir acceptées, reconnues, soutenues, cAnnie Ernauxomprises quelque part par quelqu’un. A beaucoup d’autres femmes, plus jeunes, il est donner de comprendre le chemin parcouru pour elles et leur devoir de préserver une liberté acquise dans la souffrance.

(Réflexions inspirées des mes lectures récentes d’Annie Ernaux : « l’événement » et «Mémoire de fille ».)

Pour en savoir plus sur Annie Ernaux, cliquer ici.

Avoir un corps, Journal d’un corps

On choisit parfois un roman par hasard ; parce qu’une critique fait écho en nous, des chroniques télévisées questionnent, le résumé d’une 4ème de couverture capte l’intérêt, un incipit invite à poursuive la quête d’une vérité imaginaire, une dédicace interpelle ou parce qu’on « suit » l’auteur-e, tout simplement.

Mais parfois on choisit le roman pour son sujet. Il s’agit pour ce billet, vous l’aurez compris, d’évoquer la question du corps. Le corps dans tous ses états, les bons, mes moins bons, et ses conséquences, les sensations qui en découlent ou, inversement, les émotions et les réactions du corps qui s’ensuivent.

journal d'un corpsJournal d’un corps – Daniel Pennac

J’ai commencé par Daniel Pennac, Journal d’un corps. Il s’agit du corps masculin. A partir d’un événement, anodin mais marquant, s’écrit l’histoire d’un enfant qui se veut définitivement exempt de la peur et de ses manifestations néfastes sur son corps.

Daniel Pennac écrit sous forme de journal, il consigne les changements physiques, les réactions provoquées par les émotions, les sensations et les changements physiques au quotidien.

Le corps grandit, mûrit, s’articule, s’impose -parfois à l’excès, se forme puis se déforme, s’impose encore -de ralentir, lutte, lâche prise, se respecte, souffre et s’apaise. Et l’intellect l’observe, l’étudie, le teste, le hait ou l’aime, le perd, le découvre, l’apprends, le constate, l’accepte. Le cœur ressent et s’inscrivent sur la peau, dans le corps, les stigmates des émotions, la mémoire d’une vie.

Le portrait est brossé avec pudeur (peut-on tout dire ? tout expliquer ? le faut-il seulement ?), dans un style soutenu et riche tout comme son personnage est bourgeois et sophistiqué. L’homme de Pennac raconte l’orphelin, la guerre, l’amour, le travail et la famille depuis 1936 jusqu’aux années 2000. Le personnage réalise sur la fin qu’il aurait pu en raconter plus mais il est trop tard, à plus de 80 ans, pour réécrire l’histoire de son corps.

Pourtant, on devine entre les lignes superbement écrites, ce qui n’est pas dit des douleurs, ce qui est retenu ou absent des chocs d’une vie. On a envie que ce corps dure éternellement pour le découvrir dans le détail, sous toutes les coutures.

Mais heureusement, un roman n’est pas un livre de biologie ou de médecine, l’objectif n’est pas de rendre exhaustif tout ce qui touche au corps, de visible ou d’invisible, de la croissance, de l’amour, de la santé, de la maladie, de la vieillesse ou de la mort, mais de dire les petits détails qui finalement, nous obnubilent, nous obsèdent, nous questionnent. Daniel Pennac a su révéler l’homme sous la peau, sous les gesticulations, à travers les soupirs.

avoir un corpsAvoir un corpsBrigitte Giraud

Dans la foulée, au gré de mes recherches, je découvre un roman intitulé Avoir un corps et bien sûr, pour compléter, opposer ou simplement comparer avec le corps de Pennac, je me plonge avec intérêt dans cette nouvelle lecture du même sujet. Cette fois, c’est une femme, Brigitte Giraud, qui écrit. C’est le corps féminin qui se raconte au fil de la génération de l’auteure (une fillette des années 60).

Les mots choisis avec précision ressassent encore et encore les changements du corps, son absence d’abord, puis la conscience de sa place, de son poids, de ses maux, de ses émois. Les nombreuses répétitions, les synonymes comme des listes à la Umberto Eco (voir précédent article) plongent la lectrice au cœur de ce corps comme un écho du sien. Le style épuré est puissant d’images, de sensations, d’évidences, de vie.

Ici, le personnage est d’origine modeste. Le corps est imprégné de sensations et de maux que le bourgeois de Pennac ne connaît pas, ne soupçonne même pas. Je pense notamment à l’épisode des transports en commun, les odeurs dont on s’éloigne, les regards que l’on fuit, les autres corps que l’on ne veut pas effleurer.

Deux auteurs, Brigitte Giraud et Daniel Pennac, chacun avec son univers et son style à donner corps à l’humain, à ses tourments visibles comme invisibles. Ils nous réconcilient avec la réalité, le moment présent si fugace qu’il est déjà presque incertain.

Il ne s’agit pas de regretter la fin du corps à venir, non ! Au contraire, il s’agit de célébrer la vie, d’en sentir et ressentir chaque événement intensément ; Le corps en garde la marque comme le témoignage d’une réalité tangible, de l’existence d’un individu unique, authentique et légitime. Notre corps est notre journal intime.

Umberto Eco et le romancier

Qui ne connaît le grand Umberto Eco ne serait-ce que par son premier roman Le nom de la rose ou grâce au film du même nom réalisé à partir du livre ?

Après sa disparition, et comme c’est souvent le cas lorsque je réalise qu’un grand auteur n’écrira plus, je me suis penchée sur son œuvre pour trouver le livre qui me parlerait de lui, qui résumerait en somme, l’homme et l’auteur.Umberto Eco

Confessions d’un jeune romancier s’est imposé comme le titre le plus adapté à ma recherche et mes sujets de prédilection (le roman, la biographie ou le journal personnel, l’écrivain…)

J’y découvre l’homme derrière l’auteur ou l’auteur dans l’ombre de l’homme. En effet, Umberto Eco est médiéviste, sémioticien, philosophe, critique littéraire et romancier (tel que décrit en 4ème de couverture). Alors il ne faut pas s’étonner de retrouver toutes les facettes de ces différentes compétences dans ce livre atypique comme dans ses romans.

Propre au chercheur, le livre est découpé en 4 parties parsemées de réflexions philosophiques, de preuves et de statistiques, de recherches et de déambulations nocturnes, dictaphone au poing.

L’homme est minutieux, méticuleux, son parcours l’a forgé et c’est ainsi qu’il écrit. Le nom de la rose est le produit créatif né, presque par accident, émanation improbable ou plutôt évidente, de sa thèse de doctorat portant sur l’esthétique médiévale. Il a visité de nombreuses abbayes et autres édifices moyenâgeux durant plusieurs années. Le roman s’inscrit donc dans un prolongement que l’auteur lui-même n’analyse pas à ce moment-là. C’est lors des séminaires qui suivront le succès de son premier roman, qu’il en vient à admettre que cet ouvrage n’a pas été difficile à écrire puisque toute la matière était là, chez lui, prête à l’usage créatif, dans sa mémoire, des dossiers, sur des étagères, dans des livres, des notes, des photos…

Umberto Eco a toujours écrit des romans. Depuis l’enfance. Il raconte comment il travaillait et nombre d’écrivains de tout acabit s’y reconnaitra. Mais rien n’aboutit avant le roman que l’on sait, il a alors 50 ans.

L’enfant est devenu adulte et, modelé par le diktat, si l’on peut dire, de l’esthétique de la lettre, de l’analyse et de la forme, il va tenter de nouveau l’expérience du roman pour aboutir enfin.

Confessions d’un jeune romancier est riche d’enseignements pour tout auteur romanesque. Umberto Eco montre et démontre la nécessité du détail maitrisé. Pour ne pas perdre le fil de son histoire, il trace le plan des lieux, des abbayes, des rues, qu’il décrit ensuite avec force détails. Il veut que le lecteur visualise parfaitement ce qu’il écrit. Il déroule son œuvre et le lecteur doit en suivre le chemin sans se perdre jamais. C’est avant tout son obsession d’auteur. Ce qu’il dit doit être vrai.

Avant d’écrire, il pousse le perfectionnisme jusqu’à calculer le temps de trajet d’un lieu à un autre, il enregistre ses déambulations nocturnes où il relève tout ce qu’il voit sur son trajet, jusqu’à la teinte du ciel à telle heure, la lumière blafarde d’un lampadaire sur une façade sombre. Il a besoin de voir, de savoir, pour créer. il rapporte des faits à peine corrigés. Il n’imagine pas. Il n’invente pas. Ou presque pas. Il ne sait pas ou ne sait plus. C’est à la fois sa faiblesse et sa force.

Dans une deuxième partie, Umberto Eco parle des textes, des interprétations et tout auteur sait combien son roman, une fois délivré au public, n’est plus le sien ; même son sens peut en être détourné sans qu’il ne puisse rien maitrisé. La question intéresse longuement Umberto Eco.

Après avoir posé le décor, Umberto Eco s’attaque aux personnages de fiction en 3ème partie. A grand renfort d’exemples, il évoque Anna Karénine, Cyrano de Bergerac et nombre d’autres personnages devenus personnes et les installe dans le monde réel. Ou plutôt, il nous montre que nous, lecteurs, en avons fait des personnes réelles et comment. L’exercice est intéressant, je m’amuse à entrer dans le jeu qu’il décrit avec sérieux.

Puis il conclut par ses listes.

J’ai déjà remarqué lors de mes recherches sur la construction d’ateliers d’écriture combien les listes sont importantes. Elles font, pour moi, figures de gammes, d’enrichissement littéraire évident. C’est une étape importante pour se situer, mesurer le langage, le vocabulaire, la culture qui correspondent au monde imaginaire que nous créons, aux univers des personnages à qui nous donnons corps et vie. Et le travail sur les listes indique aussi notre niveau de patience, de persévérance, de minutie.

Etablir des listes, de prime abord rébarbatif, se révèle stimulant en y accordant l’attention suffisante.

Bref, Confession d’un jeune romancier s’adresse indiscutablement à tout auteur de création littéraire et mérite de trouver une place légitime dans toute bibliothèque qui se respecte.

Ecriture d’une biographie : mon procédé

Les rendez-vousbiographie toulouse

L’écriture d’une biographie, d’un récit de vie nécessite un premier entretien,offert, pour poser les bases d’une relation de confiance et définir les contours de votre projet. En effet, je suis l’intruse qui va pénétrer votre vie personnelle.  Ensuite, un calendrier des séances est élaboré en tenant compte des contraintes de chacun. Celui-ci est annexé au contrat.

Les séances sont indépendantes les unes des autres, ce qui vous permet de les espacer en fonction de vos moyens financiers ou de vos disponibilités. La biographie se construit ainsi sur des délais allant de quelques semaines à plusieurs mois.

Les séances se déroulent généralement chez vous.

Le nombre de séances dépend du contenu que vous souhaitez retranscrire :

* un évènement précis en 1 ou 2 séances

* un récit de vie de 100/120 pages  nécessite environ une dizaine de séances.

L’enregistrementenregistrement séance

Les séances se déroulent chez vous ou dans un lieu calme propice aux confidences. A l’aide de mon dictaphone, j’enregistre vos souvenirs tout en prenant des notes. L’utilisation du dictaphone a pour vocation de ne rien omettre de vos paroles et ainsi, de ne rien dénaturer ou interpréter à la retranscription.

Extrait du contrat concernant la confidentialité des entretiens :

Article 7 : la prestataire garantit à son client le secret professionnel et s’engage à ne divulguer aucun élément fourni par le client sauf avec sa permission expresse. Les enregistrements, textes et documents seront effacés au terme du contrat à la demande du client.

Article 8 : la prestataire se réserve le droit de refuser toute prestation ou de les interrompre si la teneur du discours du client est en contradiction avec son éthique ou si le contenu contrevient à la loi (propos discriminatoires, injurieux, diffamatoires, ou incitant à commettre des crimes ou qui en ferait l’apologie…).

Article 9 : la prestataire s’engage à restituer le plus fidèlement le récit du client. Toutefois, elle ne peut être tenue pour responsable des propos du client à l’égard de personnes morales ou physiques ou à l’égard des institutions citées dans la biographie. La prestataire n’engage en rien sa responsabilité. Le client prend sous sa responsabilité toute modification, ajout, retrait ou toute altération de ponctuation qui pourrait en modifier le sens. De même toutes descriptions physiques, jugements de valeurs, opinions politiques, philosophiques ou religieuses, souvenirs partiels voire inventés, ne relèvent que de la responsabilité du client. 

la retranscription et la mise en forme du textesouvenir famille

La retranscription se fait en accord avec vos souhaits : fidèle au mot près ou restructurée, voire romancée. Dans tous les cas, toutes fautes de syntaxe et autres erreurs de la langue seront corrigées tout en respectant les expressions particulières qui font votre personnalité ou votre culture.

Un ou deux échanges seront nécessaires à la relecture, la correction du texte complet, la sélection de photos et la mise en page après le dernier enregistrement (travail possible à distance)

L’impression

Le travail terminé sera remis sous forme papier sur feuille A4, relié d’une baguette et sous forme de fichier au format pdf (simple conversion du fichier word). Mon travail facturé s’arrête à cette étape.

Si vous optez pour l’impression sous forme de livre, je prépare le fichier pour une impression professionnelle et vous accompagne vers le choix d’un imprimeur jusqu’à la remise de vos exemplaires imprimés.

Un exemplaire imprimé coûte entre 15 et 20 euros selon la qualité de papier et le format choisis (prix supérieur avec l’ajout de photos).

Mathias Malzieu ou le coeur de Dyonisos

mathias malzieu
Blog sophie hesbois, biographe

J’ai découvert Mathias Malzieu au hasard d’un zapping. Intéressée par l’actualité littéraire, j’avais entendu parlé du journal d’un vampire en pyjama mais je n’avais pas encore mené mon enquête pour savoir de quel type de vampire il s’agissait.

Alors, lorsque sur le plateau télé, j’ai écouté ce petit homme énergique, à l’optimisme contagieux, raconter brièvement l’histoire de son livre, j’ai attendu patiemment sa sortie en librairie et je n’ai pas été déçue. Juste surprise, agréablement, par les ingrédients utilisés pour décrire l’indescriptible.

Mathias Malzieu est magicien. Il chante, il orchestre la voix du cœur, de l’âme, au sein du groupe Dyonisos. Il est poète et déverse ses mélodies dans les livres. Depuis fin 2013, il est un super-héros, un survivant.

Le journal d’un vampire en pyjama relate l’histoire d’une mécanique qui déraille. Quelques semaines avant noël 2013, le diagnostic tombe : aplasie médullaire, arrêt du fonctionnement de la moelle osseuse. Il faudra plus d’un an avant que le tsunami d’émotions et de maux ne s’apaise, que le quotidien et son lot de miraculeuses petites normalités n’annonce le retour du guerrier, le repos du combattant.

C’est l’écriture d’un drame qui se déroule comme un roman épique, bascule dans le thriller pour s’ouvrir sur le monde réel. Le merveilleux monde réel.

Le corps de Mathias rejoue le côté obscur de la force, cette fois à l’ombre de ses os. Pour survive à l’énoncé du verdict, Mathias mobilise l’enfant en lui, transforme le drame en conte, prend de la distance, contourne le danger, la mort même, pour pouvoir dire l’indicible.

Mathias va affronter Dame Oclès avec ses armes : un film, un skate-board, un siège-œuf, des vinyls blancs, du Coca light. A sa rescousse, des super-héros : Rosy, des nymphirmières, Walt Whitman, Tom Cloudman et bien d’autres.

Le chevalier roux va hanter l’appartelier, les plateaux télé, l’hopital Cochin, l’hopital Saint-Louis, traverser de longs couloirs blancs, des chambres stériles, se blottir dans un œuf, se cacher sous un masque, dégringoler d’un taxi.

Le chevalier blanc, flanqué de la Dame noire, va lutter contre un monde en noir et blanc afin de délivrer le technicolor.

Sa mission : Recréer les couleurs de sa vie, les nuances de son monde. En lui. Sur ses joues, sur sa tête, autour de lui. Dans sa vie. Renaitre.

Le journal d’un vampire en pyjama s’écrit en douceur puis bascule brusquement dans la pire des batailles, celle du temps : après le conte douloureux vient le thriller angoissant où toute la poésie est dans l’instant, dans le fait : cathéter, prises de sang, transfusions, greffe, nausées, machines sifflantes, malaises, fièvres, couloirs déserts, pas de course, yeux mystérieux, scanners, IRM, visages dissous dans le brouillard… la lutte s’intensifie, chaque seconde peut être fatale, la lucidité s’abandonne à l’évanouissement, voire l’inconscience… définitive. Mathias ne sait plus s’il est vivant ou s’il est mort.

Je lis ces chapitres au rythme haletant, dans le même état de tension que le texte tranchant, intense, sans plus de fioritures, il n’est plus temps, il n’a plus le temps. Comme le conteur, je suis perdue, enveloppée d’urgence, d’attente, entre réalité et paradis. Ou enfer.

Bien que je connaisse l’issue de ce drame, il faut lire et relire les mots, les détails, les descriptions, les non-dits, les métaphores, pour tenter de comprendre ce que l’on ressent, ce que l’on traverse quand la mort tente de vous arracher aux bras qui vous entourent ; lire pour tenter de mesurer comment se mène un humble et pourtant acharné combat dont l’arme principale et la plus puissante de toute, est, et sera toujours, l’espoir.

Je n’avais jamais lu un conte de fée, dramatique, virant au thriller. Un livre OVNI, qui parle d’amour et d’espoir sur un parterre de souffrances.

C’est le cadeau que je vous recommande en ce jour de Saint-Valentin.

La fête de la violette – place du Capitole, Toulouse

www.sophiehesbois.frJ’arrive sur la place du Capitole, la place de (presque) tous les événements toulousains. Le poumon. Le cœur de la ville rose. Aujourd’hui violette.

Autour d’un immense gâteau gonflable surmonté des bougies marquant les 10 ans de ces festivités, les stands arborant leurs marchandises et autres découvertes autour, sur, pour, avec… la violette pour héroïne.

10 ans de violettes
10 ans de violettes

Les stands ludiques avec des plants de violettes, à la découverte de ses nombreuses variétés. Les enfants, comme chaque année, viennent plonger les mains dans le terreau pour remplir le petit pot où la délicate plante sera installée (par l’agent municipal) dans l’attente de sa floraison.

La marmaille, ravie et exceptionnellement silencieuse, tend son délicat paquet cadeau à bout de bras, en harmonie avec la nature.

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La violette se décline sur le linge de maison, les savons, parfums d’intérieur ou parfums pour le corps (voilà pour la maison). On trouve aussi le stand bibelots et cadeaux dans toutes lessophiehesbois nuances et formes violettes, modernes ou désuets, pour le plaisir futile, trace d’un moment, souvenir indélébile ;

Les déclinaisons pour la cuisine, arômes, fleurs et autres billes cristallisés, alcools, chocolats… plaisirs utiles et éphémères, pour un goût de violette.

Enfin, les dégustations de viennoiseries. Là, je m’arrête devant le stand d’ « un autre pain », où la patronne habillée de tradition, présente ses viennoiseries au goût de violette DSC_0100(mais pas seulement). Elle offre une dégustation de coques à la violette (délicieuse ! j’adore le goût de la violette !), brioche goûteuse, moelleuse, au parfum subtil de violette. Une réussite ! Pour trouver ses produits, il faut se rendre à Montauban, avenue Charles de Gaulle.

Je prendDSC_0098s des photos des produits : croquants, coques etc… foufounettes ?!

La femme, généreuse et avenante, s’approche et me présente les fèves « maison ». Elles sont fabriquées « sur mesure », et je sens qu’elle est fière de leur travail minutieux de conception et de confection. « Celle-ci, c’est la représentation de notre croquant, là-bas », me montre-t-elle.

sophiehesbois

J’aime l’artisanat local, j’aime la créativité, j’aime ce qui rend un produit original et donc précieux. Lorsqu’en plus, il est bon, il faut le dire !

Je poursuis tranquillement mon immersion dans cette tranche d’arc en ciel apaisante. L’ambiance est à la sérénité, ce n’est pas toujours le cas dans les rassemblements du moment. Pause paisible, parenthèse bienheureuse en ce samedi 6 février. On en a tous besoin.

La fête de la violette – La belle liégeoise

Toulouse, samedi 6 février. Le temps est particulièrement beau, le ciel limpide, la température printanière et la fête de la violette ouvre sa 10ème édition. Il n’en faut pas plus pour m’armer de mon appareil photo en quête d’instantanés dans la ville rose, pour capturer la vie violette.

Je longe les berges de la Garonne pour échapper au bruit de la circulation sur l’avenue de Muret. Nouvellement refait, le chemin est fréquenté de piétons, cyclistes, de joggeurs et de flâneurs. J’emplis mes poumons dans cette parenthèse, entre ville et fleuve, saisie d’un sentiment de liberté renouvelé.

J’aborde le quartier Esquirol, pris d’assaut par la foule. Je remarque les nombreux sacs aux bras des passants : ah, oui, les soldes courent toujours et le peuple après elles.

Cela dit, ce n’est pas tout à fait vrai : été comme hiver, chaleur ou froid, soldes ou pas, le centre ville est toujours noir de monde le week-end. Toulouse fête toute l’année la joie de vivre, l’envie de le démontrer, de s’agiter ; Toulouse est un cœur qui bat d’un rythme régulier, immuable.. insouciant.

Je bifurque dans la rue des Changes pour remonter vers la place du Capitole où se déroule la fête de la violette.

Les boutiques charrient une populace satisfaite, déterminée ou curieuse et flâneuse. Les effluves des commerces de bouche titillent mes narines. J’en suis le subtil filet, après mon odorat, ma vue découvre l’objet de ce soudain intérêt alimentaire : une gaufre. Mais pas n’importe quelle gaufre !la belle liégeoise

Celle-ci, dans la main du passant, est dorée à souhait, elle semble croustillante et moelleuse à la fois. Je dois en savoir plus. J’approche la boutique et là, une queue digne de Pom’cannelle sur l’île Saint Louis* ! Les clients s’agglutinent autour d’une petite vitrine où deux ma
chines à gaufres exhalent leur fumet. Je m’installe, objectif au poing, papilles en alerte, pupilles à l’affût pour découvrir le secret de la prestation : une pâte à brioche ferme et souple à la fois, puis une gaufre dorée et enfin, le chocolat !

La gaufre au chocolat, ici, ne se résume pas au mince filet de sauce parfumée versé sur la la belle liégeoiseviennoiserie. Non, ici, à l’aide d’une tige, on perce trois trous sur le côté de la gaufre et on y glisse autant de petites barres de chocolat noir qui fondent délicieusement sous la chaleur de la pâte tout juste décollée de son moule. Un régal pour les yeux, pour le nez, pour la bouche !!

Satisfaite d’un plaisir simple et gourmand, je reprends mon chemin par la rue Saint Rome vers la place du Capitole…

*Pom’Cannelle est un glacier-crêperie (dépositaire de glaces Bertillon) situé sur l’île St Louis, rue des DeuxPonts à Paris. Découvert sur le conseil de mon banquier (à l’époque où l’on rencontrait de « vrais conseillers » derrière un comptoir), cette boutique simple a priori, offre une palette de gourmandises de qualité, des parfums de glace à se damner, à des prix très raisonnables. Mon conseiller, qui n’avait pas l’adresse en tête m’avait dit « vous ne pouvez pas les rater, il suffit de suivre la queue sur le trottoir ! ».  Et c’est vrai, je l’ai trouvé comme ça ! Incontournable !