Vous n’aurez pas la haine d’Antoine Leiris

France 5 diffuse, le 13 novembre 2016 à 20h50, jour anniversaire du drame du Bataclan, le documentaire « vous n’aurez pas ma haine » réalisé par Antoine LEIRIS. Lire l’interview qui lui est consacrée ici.

Pour ma part, je souhaite partager des extraits du livre témoignage d’Antoine Leiris, victime collatérale de la fusillade du 13 novembre 2015.

C’est l’histoire d’un tsunami qui ravage une famille. Les fonds marins, secoués de tremblements, soulèvent et propulsent des murs d’eau qui ravagent des villes, des vies, des routes avant de regagner leur lit dévasté, déplacé, avant de retrouver leur paix initiale dans un nouveau décor. Les fonds marins après leur colère aussi violente que soudaine et brève abandonnent en quelques minutes un paysage chaotique, exsangue, paralysé, dans un silence stupéfié. Un paysage dont les repères changent irrémédiablement et trouveront jour après jour une nouvelle place, un ordre nouveau.

Antoine Leiris relate son quotidien depuis la nuit du drame jusqu’à 12 jours plus tard. Deux destins bouleversés : celui d’Antoine, le mari et père ; celui de Melvil, le fils. 12 jours pour accuser le choc, se murer dans le silence, l’incompréhension, puis voir, accepter plus ou moins, écouter le drame, voir son corps, plonger dans le souvenir, souffrir de l’absence maintenant, de la vie à venir sans elle, puis avancer, bousculé par les évènements, par les autres, et enfin avancer seul parce qu’il le faut pour son enfant encore un bébé, et aussi pour lui. Une si courte période paraît une éternité.


Extraits du livre témoignage 
:antoine-leiris

« J’attrape mon téléphone. Je dois l’appeler, lui parler, entendre sa voix. Contacts. « Hélène », simplement Hélène. […] C’est un appel d’ « Antoine L. » qu’elle n’a jamais reçu ce soir-là. Sonnerie. Messagerie. Je raccroche, recommence, une fois, deux fois, cent fois. Autant qu’il le faudra.

« J’attends, moi aussi. Une sentence. Quelques hommes en colère ont fait entendre leur verdict à coups d’armes automatiques. Pour nous, ce sera la perpétuité. Mais je ne le sais pas encore. On chante avant d’aller dormir. On se dit qu’elle va passer la porte de la chambre et reprendre avec nous le dernier couplet. On se dit qu’on va bien finir par nous appeler. On se dit qu’on va bien finir par se réveiller.

« Il la désigne immédiatement d’un doigt anxieux, se tourne vers moi, le sourire inversé et des larmes chaudes au bord des yeux. Je m’effondre, lui explique comme je peux que sa maman ne pourra pas revenir, qu’elle a eu un grave accident, que ce n’est pas sa faute, qu’elle aurait aimé être avec lui, mais qu’elle ne pourra plus. Il pleure comme je ne l’ai jamais vu pleurer. […] Là, c’est autre chose, son premier chagrin, la première fois qu’il est triste pour de vrai.

«  Elle me regarde, pas de pose, pas d’objectif, c’est à moi qu’elle s’adresse. Ses yeux me racontent la joie simple de ses dix-sept mois passés ensemble, tous les trois.

« Elle est là. J’avance vers elle, me retourne, vérifie que nous sommes seuls. Ce moment est à nous. Une vitre nous sépare. Je m’y presse de tout mon poids. Notre vie à deux défile devant mes yeux. J’ai l’impression de n’en avoir jamais eu d’autre. […] Elle est aussi belle qu’elle l’a toujours été.

«  Fermer les yeux d’une personne décédée, c’est lui rendre un peu de vie. Elle ressemble à celle que je regardais s’éveiller chaque matin.

« Je pleure, lui parle, j’aimerais rester une heure encore, une journée au moins, une vie peut-être. Mais il faut la quitter. La lune doit se coucher. Le soleil, ce 16 novembre, se lève sur notre nouvel « il était une fois… ». L’histoire d’un père et d’un fils qui s’élèvent seuls, sans l’aide de l’astre auquel ils ont prêté allégeance.

« Melvil est le seul qui, ce jour-là, a pu répondre à mon sourire par un sourire. Le seul qui ce jour-là, a vu que j’avais sa maman avec moi. Nous rentrons à la maison par le chemin qu’il adore, celui où nous croisons le plus de panneaux de signalisation, son autre passion avec les livres, la musique et l’ouverture et la fermeture obsessionnelle de portes.

« Maison, déjeuner, change, pyjama, sieste, ordinateur. Les mots continuent d’arriver. Ils viennent d’eux-mêmes, pensés, pesés mais sans que j’aie à les convoquer. Ils s’imposent à moi, je n’ai plus qu’à les prendre. […] La lettre est là : « vous n’aurez pas ma haine ».

« Pas le temps d’y penser, pas l’envie d’y revenir. Facebook, au travers duquel j’échange avec des amis d’Hélène dont je n’ai pas le numéro, est ouvert dans l’onglet juste à côté. «Exprimez-vous», copier, coller, publier, mes mots ne m’appartiennent déjà plus.

«  Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu.

« Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a dix-sept mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours, et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus.

« Parfois les barrières tombent. Sans fracas. Derrière «Allez, c’est l’heure du goûter», Melvil décèle un sanglot contenu. Mon cœur bat trop vite. Il sait que papa a mal. Il voit apparaître le trou béant de notre vie. Un monstre invisible en sort pour nous y entraîner. Nous pleurons. Le trou se referme peu à peu. Nous sommes toujours là. Le chef d’orchestre et son soliste. Notre petit manège se répète chaque jour, sans fin.

« Les choses se sont donc organisées comme ça. Sans rien me dire, les mamans de la garderie se sont débrouillées pour que Melvil ait chaque jour des petits plats qui ont le goût de l’amour d’une maman.

« Je le prends dans mes bras c’est le plus grand sourire que j’ai vu depuis vendredi. Un sourire qui ne peut pas se retenir de dire « je suis vivant ». Oui, il est vivant. Il s’installe et presque aussitôt se met à tout me raconter. Le début du concert. La bière au bar. Le monde dans la fosse. Et puis les coups de feu. Les bruits, les odeurs, les corps. Aucun détail ne m’est épargné, il ne peut plus s’arrêter et me force à regarder en accéléré le film qui m’a volé ma vie.

« Je préserve les apparences. […] « Je suis vraiment désolé pour tout ce qui t’arrive. Bon courage… ». A celui-là, je n’ai pas de réponse toute faite. « À bientôt » est une promesse, « Prenez soin de vous » une invitation, « Bon courage… » une condamnation. C’est me rendre, intact, ce chagrin dont on a essayé de me soulager le temps d’une conversation. Deux petits mots qui réduisent à l’état de cendres ma cinecitta de pacotille. La conversation se termine en général comme ça. Les façades sont tombées, les figurants s’en sont allés, je suis démasqué.

« Ce soir j’apprends un nouveau pas. Il faut couper les ongles. Je ne l’ai jamais fait avant. Et cette fois je ne peux pas attendre le retour d’Hélène. Je l’assois sur mes genoux. Il ne bronche pas. Sa petite main dans la mienne, j’approche les ciseaux ne sachant pas par quel doigt commencer. Il s’impatiente. Je me lance.

« À la crèche, tout le monde sait. Lorsque j’arrive le matin, chacun porte un masque. Le carnaval des morts. J’ai beau leur raconter la fable d’un homme qui ne perdra pas pied, je ne parviens pas à le leur faire enlever. Je sais que pour elles je ne suis plus moi, je suis un fantôme, le fantôme d’Hélène.

Melvil est un petit être bien vivant, lui. À peine arrivé, il fait tomber les masques. Il entre sur la pointe des pieds, me dit au revoir, sourit, et d’un éclat de son rire les têtes d’enterrement finissent au fond d’un coffre à jouets.

« On a toujours l’impression, lorsque l’on regarde quelque chose de loin, que celui qui survit au pire est un héros. Je sais que je n’en suis pas un. La fatalité a frappé, c’est tout. Elle ne m’a pas demandé mon avis. Elle n’a pas cherché à savoir si j’étais prêt pour ça. Elle est venue chercher Hélène, et m’a obligé à me réveiller sans elle. Depuis je ne sais pas où je vais, je ne sais pas comment je m’y rends, et ne faut pas trop compter sur moi.[…] Et tout à coup, j’ai peur. Peur de ne pas être à la hauteur de ce que l’on attend de moi.

« Jour d’enterrement. Melvil est trop petit pour m’accompagner. Je suis seul dans une nuée de tristesse. Je n’ai pas envie de parler, j’en ai déjà trop dit. Alors je prête mes mots à celui qui n’en a pas encore, ma voix à celui qui ne peut pas la faire entendre. Je ne suis plus. Je suis lui.

« J’aurais aimé que mon premier livre soit une histoire, et surtout pas la mienne. J’aurais voulu aimer les mots sans les craindre.

« Demain nous allons voir sa mère, ce livre est presque terminé.

« Je craque. Mes nerfs lâchent. Des larmes inondent mon visage. Aujourd’hui nous allons sur la tombe de sa mère.

« Melvil me lâche soudainement la main. Il grimpe sur la pierre. Écrase les roses et les lys qui ne résistent pas à sa détermination. J’ai peur qu’il la cherche. Il continue son chemin dans la jungle des regrets. Agrippe la photo. La prend avec lui. Puis revient vers moi, et me prend la main. Je sais qu’il l’a trouvée.

Vous n’aurez pas ma haine, Antoine LEIRIS – 139 pages

Annie Ernaux et moi

Annie Ernaux
Annie Ernaux

J’ai rencontré Annie Ernaux dans ses livres il y a plus de 12 ans. J’avais lu La honte, La place. J’avais adoré. J’avais terminé la lecture d’un troisième livre d’elle ; j’avais détesté.

C’était le temps où je sévissais sur un réseau social unique en son genre, un réseau virtuel où se retrouvaient toutes sortes de personnes en quête de culture, d’écriture, de partage, d’échanges, de passions, de colère, de revendications aussi. Un lieu où votre présence et la pertinence –ou pas- de vos billets d’humeur vous mettent en lumière auprès d’un public volontaire, un lieu où un jour, j’ai découvert que l’on pouvait choisir ou non un livre en fonction de mes critiques.

Lorsque j’ai mesuré le pouvoir que l’on m’attribuait malgré moi, un pouvoir si relatif, je me suis rebellée intérieurement. On ne pouvait pas se fier à moi, je ne voulais pas que l’on se fie à moi, surtout pas à l’appui de billets nés d’un ressenti à chaud –le mien précisément- d’une lecture prise au hasard. Je rétorquais très vite à la personne si avide de mes critiques la subjectivité, justement, de mon avis sur tel ou tel roman et je l’invitais à se faire son propre avis ; surtout ne pas s’interdire de lire un livre parce qu’une autre lectrice l’a rejeté…

J’attaquais un texte sur le fond, jamais un auteur (et pour cause, quelle légitimité s’il en est une, avais-je pour juger un auteur ?).

J’avais rejeté irrévocablement –du moins le croyais-je- le roman Passion simple. Je l’ai jugé aussi violemment que je l’ai reçu, je l’ai attaqué durement… et aujourd’hui, je reconnais, injustement. Je n’ai plus trace de mon commentaire acerbe de ce temps-là mais je me souviens de la violence, du dégoût, du refus, nés de la lecture de ce texte d’Annie Ernaux. Une réaction épidermique, une agression dont j’ai dû me libérer en conspuant le roman sur mon lieu privilégié de liberté d’expression -littéraire notamment.

J’étais choquée par le fait qu’un tel livre existe. Je m’étais régalée d’autres titres, et comme chaque fois qu’un auteur me touche, je lis tout de lui ou presque pour en faire le tour, pour en capter plus que la surface, le fond, son thème, sa quête, son partage, sa revendication.

Pour Annie Ernaux, tout est là, étalé, à la vue, sans fioriture ni détour, nul besoin de creuser, elle égrène les faits et c’est au lecteur de comprendre les sentiments, le combat sous-jacent. Elle appelle un chat un chat. Un sexe, un sexe. Je n’étais pas préparée à cette lecture brute d’une femme asservie. Interdite, perturbée que l’on puisse aligner finalement toutes sortes de romans à la disposition de tous sans préavis, sans alerte. On prend un livre parfois pour son titre, sa quatrième de couverture mais on ne sait pas vraiment ce qu’il contient. Il n’existe pas de bandeau « attention, certaines phrases, certaines idées, peuvent choquer la sensibilité d’un lecteur non averti… »

C’était il y a plus de 15 ans et depuis, ma  compréhension du monde a évolué ; depuis, la maturité, une certaine maturité m’a forgée (heureusement) et me rapproche d’une forme de sagesse vers laquelle je tends : l’accueil sans jugement de l’autre. Ça ne veut pas dire l’acceptation mais plus que cela, accueillir la différence, le vécu d’un-e autre, son ressenti, son interprétation. Et tenter de les comprendre.

De fait, je ne ressens ni regret, ni honte d’avoir un jour craché sur ce livre difficile et d’avoir crié qu’il n’aurait jamais dû se trouver dans un rayon de librairie ou de bibliothèque.

Non, je suis simplement heureuse de pouvoir revenir sur mon jugement d’hier pour dire ma profonde gratitude à Annie Ernaux d’avoir choisi de se raconter dans un langage juste, dans un style agréable, de s’être mise à nu pour partager, témoigner d’une vie de femme, d’un corps de femme et dénoncer l’insupportable sort des femmes de son époque dans certaines situations. Ces écrits permettent à certaines femmes de se sentir acceptées, reconnues, soutenues, cAnnie Ernauxomprises quelque part par quelqu’un. A beaucoup d’autres femmes, plus jeunes, il est donner de comprendre le chemin parcouru pour elles et leur devoir de préserver une liberté acquise dans la souffrance.

(Réflexions inspirées des mes lectures récentes d’Annie Ernaux : « l’événement » et «Mémoire de fille ».)

Pour en savoir plus sur Annie Ernaux, cliquer ici.

Avoir un corps, Journal d’un corps

On choisit parfois un roman par hasard ; parce qu’une critique fait écho en nous, des chroniques télévisées questionnent, le résumé d’une 4ème de couverture capte l’intérêt, un incipit invite à poursuive la quête d’une vérité imaginaire, une dédicace interpelle ou parce qu’on « suit » l’auteur-e, tout simplement.

Mais parfois on choisit le roman pour son sujet. Il s’agit pour ce billet, vous l’aurez compris, d’évoquer la question du corps. Le corps dans tous ses états, les bons, mes moins bons, et ses conséquences, les sensations qui en découlent ou, inversement, les émotions et les réactions du corps qui s’ensuivent.

journal d'un corpsJournal d’un corps – Daniel Pennac

J’ai commencé par Daniel Pennac, Journal d’un corps. Il s’agit du corps masculin. A partir d’un événement, anodin mais marquant, s’écrit l’histoire d’un enfant qui se veut définitivement exempt de la peur et de ses manifestations néfastes sur son corps.

Daniel Pennac écrit sous forme de journal, il consigne les changements physiques, les réactions provoquées par les émotions, les sensations et les changements physiques au quotidien.

Le corps grandit, mûrit, s’articule, s’impose -parfois à l’excès, se forme puis se déforme, s’impose encore -de ralentir, lutte, lâche prise, se respecte, souffre et s’apaise. Et l’intellect l’observe, l’étudie, le teste, le hait ou l’aime, le perd, le découvre, l’apprends, le constate, l’accepte. Le cœur ressent et s’inscrivent sur la peau, dans le corps, les stigmates des émotions, la mémoire d’une vie.

Le portrait est brossé avec pudeur (peut-on tout dire ? tout expliquer ? le faut-il seulement ?), dans un style soutenu et riche tout comme son personnage est bourgeois et sophistiqué. L’homme de Pennac raconte l’orphelin, la guerre, l’amour, le travail et la famille depuis 1936 jusqu’aux années 2000. Le personnage réalise sur la fin qu’il aurait pu en raconter plus mais il est trop tard, à plus de 80 ans, pour réécrire l’histoire de son corps.

Pourtant, on devine entre les lignes superbement écrites, ce qui n’est pas dit des douleurs, ce qui est retenu ou absent des chocs d’une vie. On a envie que ce corps dure éternellement pour le découvrir dans le détail, sous toutes les coutures.

Mais heureusement, un roman n’est pas un livre de biologie ou de médecine, l’objectif n’est pas de rendre exhaustif tout ce qui touche au corps, de visible ou d’invisible, de la croissance, de l’amour, de la santé, de la maladie, de la vieillesse ou de la mort, mais de dire les petits détails qui finalement, nous obnubilent, nous obsèdent, nous questionnent. Daniel Pennac a su révéler l’homme sous la peau, sous les gesticulations, à travers les soupirs.

avoir un corpsAvoir un corpsBrigitte Giraud

Dans la foulée, au gré de mes recherches, je découvre un roman intitulé Avoir un corps et bien sûr, pour compléter, opposer ou simplement comparer avec le corps de Pennac, je me plonge avec intérêt dans cette nouvelle lecture du même sujet. Cette fois, c’est une femme, Brigitte Giraud, qui écrit. C’est le corps féminin qui se raconte au fil de la génération de l’auteure (une fillette des années 60).

Les mots choisis avec précision ressassent encore et encore les changements du corps, son absence d’abord, puis la conscience de sa place, de son poids, de ses maux, de ses émois. Les nombreuses répétitions, les synonymes comme des listes à la Umberto Eco (voir précédent article) plongent la lectrice au cœur de ce corps comme un écho du sien. Le style épuré est puissant d’images, de sensations, d’évidences, de vie.

Ici, le personnage est d’origine modeste. Le corps est imprégné de sensations et de maux que le bourgeois de Pennac ne connaît pas, ne soupçonne même pas. Je pense notamment à l’épisode des transports en commun, les odeurs dont on s’éloigne, les regards que l’on fuit, les autres corps que l’on ne veut pas effleurer.

Deux auteurs, Brigitte Giraud et Daniel Pennac, chacun avec son univers et son style à donner corps à l’humain, à ses tourments visibles comme invisibles. Ils nous réconcilient avec la réalité, le moment présent si fugace qu’il est déjà presque incertain.

Il ne s’agit pas de regretter la fin du corps à venir, non ! Au contraire, il s’agit de célébrer la vie, d’en sentir et ressentir chaque événement intensément ; Le corps en garde la marque comme le témoignage d’une réalité tangible, de l’existence d’un individu unique, authentique et légitime. Notre corps est notre journal intime.

Umberto Eco et le romancier

Qui ne connaît le grand Umberto Eco ne serait-ce que par son premier roman Le nom de la rose ou grâce au film du même nom réalisé à partir du livre ?

Après sa disparition, et comme c’est souvent le cas lorsque je réalise qu’un grand auteur n’écrira plus, je me suis penchée sur son œuvre pour trouver le livre qui me parlerait de lui, qui résumerait en somme, l’homme et l’auteur.Umberto Eco

Confessions d’un jeune romancier s’est imposé comme le titre le plus adapté à ma recherche et mes sujets de prédilection (le roman, la biographie ou le journal personnel, l’écrivain…)

J’y découvre l’homme derrière l’auteur ou l’auteur dans l’ombre de l’homme. En effet, Umberto Eco est médiéviste, sémioticien, philosophe, critique littéraire et romancier (tel que décrit en 4ème de couverture). Alors il ne faut pas s’étonner de retrouver toutes les facettes de ces différentes compétences dans ce livre atypique comme dans ses romans.

Propre au chercheur, le livre est découpé en 4 parties parsemées de réflexions philosophiques, de preuves et de statistiques, de recherches et de déambulations nocturnes, dictaphone au poing.

L’homme est minutieux, méticuleux, son parcours l’a forgé et c’est ainsi qu’il écrit. Le nom de la rose est le produit créatif né, presque par accident, émanation improbable ou plutôt évidente, de sa thèse de doctorat portant sur l’esthétique médiévale. Il a visité de nombreuses abbayes et autres édifices moyenâgeux durant plusieurs années. Le roman s’inscrit donc dans un prolongement que l’auteur lui-même n’analyse pas à ce moment-là. C’est lors des séminaires qui suivront le succès de son premier roman, qu’il en vient à admettre que cet ouvrage n’a pas été difficile à écrire puisque toute la matière était là, chez lui, prête à l’usage créatif, dans sa mémoire, des dossiers, sur des étagères, dans des livres, des notes, des photos…

Umberto Eco a toujours écrit des romans. Depuis l’enfance. Il raconte comment il travaillait et nombre d’écrivains de tout acabit s’y reconnaitra. Mais rien n’aboutit avant le roman que l’on sait, il a alors 50 ans.

L’enfant est devenu adulte et, modelé par le diktat, si l’on peut dire, de l’esthétique de la lettre, de l’analyse et de la forme, il va tenter de nouveau l’expérience du roman pour aboutir enfin.

Confessions d’un jeune romancier est riche d’enseignements pour tout auteur romanesque. Umberto Eco montre et démontre la nécessité du détail maitrisé. Pour ne pas perdre le fil de son histoire, il trace le plan des lieux, des abbayes, des rues, qu’il décrit ensuite avec force détails. Il veut que le lecteur visualise parfaitement ce qu’il écrit. Il déroule son œuvre et le lecteur doit en suivre le chemin sans se perdre jamais. C’est avant tout son obsession d’auteur. Ce qu’il dit doit être vrai.

Avant d’écrire, il pousse le perfectionnisme jusqu’à calculer le temps de trajet d’un lieu à un autre, il enregistre ses déambulations nocturnes où il relève tout ce qu’il voit sur son trajet, jusqu’à la teinte du ciel à telle heure, la lumière blafarde d’un lampadaire sur une façade sombre. Il a besoin de voir, de savoir, pour créer. il rapporte des faits à peine corrigés. Il n’imagine pas. Il n’invente pas. Ou presque pas. Il ne sait pas ou ne sait plus. C’est à la fois sa faiblesse et sa force.

Dans une deuxième partie, Umberto Eco parle des textes, des interprétations et tout auteur sait combien son roman, une fois délivré au public, n’est plus le sien ; même son sens peut en être détourné sans qu’il ne puisse rien maitrisé. La question intéresse longuement Umberto Eco.

Après avoir posé le décor, Umberto Eco s’attaque aux personnages de fiction en 3ème partie. A grand renfort d’exemples, il évoque Anna Karénine, Cyrano de Bergerac et nombre d’autres personnages devenus personnes et les installe dans le monde réel. Ou plutôt, il nous montre que nous, lecteurs, en avons fait des personnes réelles et comment. L’exercice est intéressant, je m’amuse à entrer dans le jeu qu’il décrit avec sérieux.

Puis il conclut par ses listes.

J’ai déjà remarqué lors de mes recherches sur la construction d’ateliers d’écriture combien les listes sont importantes. Elles font, pour moi, figures de gammes, d’enrichissement littéraire évident. C’est une étape importante pour se situer, mesurer le langage, le vocabulaire, la culture qui correspondent au monde imaginaire que nous créons, aux univers des personnages à qui nous donnons corps et vie. Et le travail sur les listes indique aussi notre niveau de patience, de persévérance, de minutie.

Etablir des listes, de prime abord rébarbatif, se révèle stimulant en y accordant l’attention suffisante.

Bref, Confession d’un jeune romancier s’adresse indiscutablement à tout auteur de création littéraire et mérite de trouver une place légitime dans toute bibliothèque qui se respecte.

Ecriture d’une biographie : mon procédé

Les rendez-vousbiographie toulouse

L’écriture d’une biographie, d’un récit de vie nécessite un premier entretien,offert, pour poser les bases d’une relation de confiance et définir les contours de votre projet. En effet, je suis l’intruse qui va pénétrer votre vie personnelle.  Ensuite, un calendrier des séances est élaboré en tenant compte des contraintes de chacun. Celui-ci est annexé au contrat.

Les séances sont indépendantes les unes des autres, ce qui vous permet de les espacer en fonction de vos moyens financiers ou de vos disponibilités. La biographie se construit ainsi sur des délais allant de quelques semaines à plusieurs mois.

Les séances se déroulent généralement chez vous.

Le nombre de séances dépend du contenu que vous souhaitez retranscrire :

* un évènement précis en 1 ou 2 séances

* un récit de vie de 100/120 pages  nécessite environ une dizaine de séances.

L’enregistrementenregistrement séance

Les séances se déroulent chez vous ou dans un lieu calme propice aux confidences. A l’aide de mon dictaphone, j’enregistre vos souvenirs tout en prenant des notes. L’utilisation du dictaphone a pour vocation de ne rien omettre de vos paroles et ainsi, de ne rien dénaturer ou interpréter à la retranscription.

Extrait du contrat concernant la confidentialité des entretiens :

Article 7 : la prestataire garantit à son client le secret professionnel et s’engage à ne divulguer aucun élément fourni par le client sauf avec sa permission expresse. Les enregistrements, textes et documents seront effacés au terme du contrat à la demande du client.

Article 8 : la prestataire se réserve le droit de refuser toute prestation ou de les interrompre si la teneur du discours du client est en contradiction avec son éthique ou si le contenu contrevient à la loi (propos discriminatoires, injurieux, diffamatoires, ou incitant à commettre des crimes ou qui en ferait l’apologie…).

Article 9 : la prestataire s’engage à restituer le plus fidèlement le récit du client. Toutefois, elle ne peut être tenue pour responsable des propos du client à l’égard de personnes morales ou physiques ou à l’égard des institutions citées dans la biographie. La prestataire n’engage en rien sa responsabilité. Le client prend sous sa responsabilité toute modification, ajout, retrait ou toute altération de ponctuation qui pourrait en modifier le sens. De même toutes descriptions physiques, jugements de valeurs, opinions politiques, philosophiques ou religieuses, souvenirs partiels voire inventés, ne relèvent que de la responsabilité du client. 

la retranscription et la mise en forme du textesouvenir famille

La retranscription se fait en accord avec vos souhaits : fidèle au mot près ou restructurée, voire romancée. Dans tous les cas, toutes fautes de syntaxe et autres erreurs de la langue seront corrigées tout en respectant les expressions particulières qui font votre personnalité ou votre culture.

Un ou deux échanges seront nécessaires à la relecture, la correction du texte complet, la sélection de photos et la mise en page après le dernier enregistrement (travail possible à distance)

L’impression

Le travail terminé sera remis sous forme papier sur feuille A4, relié d’une baguette et sous forme de fichier au format pdf (simple conversion du fichier word). Mon travail facturé s’arrête à cette étape.

Si vous optez pour l’impression sous forme de livre, je prépare le fichier pour une impression professionnelle et vous accompagne vers le choix d’un imprimeur jusqu’à la remise de vos exemplaires imprimés.

Un exemplaire imprimé coûte entre 15 et 20 euros selon la qualité de papier et le format choisis (prix supérieur avec l’ajout de photos).

Mathias Malzieu ou le coeur de Dyonisos

mathias malzieu
Blog sophie hesbois, biographe

J’ai découvert Mathias Malzieu au hasard d’un zapping. Intéressée par l’actualité littéraire, j’avais entendu parlé du journal d’un vampire en pyjama mais je n’avais pas encore mené mon enquête pour savoir de quel type de vampire il s’agissait.

Alors, lorsque sur le plateau télé, j’ai écouté ce petit homme énergique, à l’optimisme contagieux, raconter brièvement l’histoire de son livre, j’ai attendu patiemment sa sortie en librairie et je n’ai pas été déçue. Juste surprise, agréablement, par les ingrédients utilisés pour décrire l’indescriptible.

Mathias Malzieu est magicien. Il chante, il orchestre la voix du cœur, de l’âme, au sein du groupe Dyonisos. Il est poète et déverse ses mélodies dans les livres. Depuis fin 2013, il est un super-héros, un survivant.

Le journal d’un vampire en pyjama relate l’histoire d’une mécanique qui déraille. Quelques semaines avant noël 2013, le diagnostic tombe : aplasie médullaire, arrêt du fonctionnement de la moelle osseuse. Il faudra plus d’un an avant que le tsunami d’émotions et de maux ne s’apaise, que le quotidien et son lot de miraculeuses petites normalités n’annonce le retour du guerrier, le repos du combattant.

C’est l’écriture d’un drame qui se déroule comme un roman épique, bascule dans le thriller pour s’ouvrir sur le monde réel. Le merveilleux monde réel.

Le corps de Mathias rejoue le côté obscur de la force, cette fois à l’ombre de ses os. Pour survive à l’énoncé du verdict, Mathias mobilise l’enfant en lui, transforme le drame en conte, prend de la distance, contourne le danger, la mort même, pour pouvoir dire l’indicible.

Mathias va affronter Dame Oclès avec ses armes : un film, un skate-board, un siège-œuf, des vinyls blancs, du Coca light. A sa rescousse, des super-héros : Rosy, des nymphirmières, Walt Whitman, Tom Cloudman et bien d’autres.

Le chevalier roux va hanter l’appartelier, les plateaux télé, l’hopital Cochin, l’hopital Saint-Louis, traverser de longs couloirs blancs, des chambres stériles, se blottir dans un œuf, se cacher sous un masque, dégringoler d’un taxi.

Le chevalier blanc, flanqué de la Dame noire, va lutter contre un monde en noir et blanc afin de délivrer le technicolor.

Sa mission : Recréer les couleurs de sa vie, les nuances de son monde. En lui. Sur ses joues, sur sa tête, autour de lui. Dans sa vie. Renaitre.

Le journal d’un vampire en pyjama s’écrit en douceur puis bascule brusquement dans la pire des batailles, celle du temps : après le conte douloureux vient le thriller angoissant où toute la poésie est dans l’instant, dans le fait : cathéter, prises de sang, transfusions, greffe, nausées, machines sifflantes, malaises, fièvres, couloirs déserts, pas de course, yeux mystérieux, scanners, IRM, visages dissous dans le brouillard… la lutte s’intensifie, chaque seconde peut être fatale, la lucidité s’abandonne à l’évanouissement, voire l’inconscience… définitive. Mathias ne sait plus s’il est vivant ou s’il est mort.

Je lis ces chapitres au rythme haletant, dans le même état de tension que le texte tranchant, intense, sans plus de fioritures, il n’est plus temps, il n’a plus le temps. Comme le conteur, je suis perdue, enveloppée d’urgence, d’attente, entre réalité et paradis. Ou enfer.

Bien que je connaisse l’issue de ce drame, il faut lire et relire les mots, les détails, les descriptions, les non-dits, les métaphores, pour tenter de comprendre ce que l’on ressent, ce que l’on traverse quand la mort tente de vous arracher aux bras qui vous entourent ; lire pour tenter de mesurer comment se mène un humble et pourtant acharné combat dont l’arme principale et la plus puissante de toute, est, et sera toujours, l’espoir.

Je n’avais jamais lu un conte de fée, dramatique, virant au thriller. Un livre OVNI, qui parle d’amour et d’espoir sur un parterre de souffrances.

C’est le cadeau que je vous recommande en ce jour de Saint-Valentin.

La fête de la violette – place du Capitole, Toulouse

www.sophiehesbois.frJ’arrive sur la place du Capitole, la place de (presque) tous les événements toulousains. Le poumon. Le cœur de la ville rose. Aujourd’hui violette.

Autour d’un immense gâteau gonflable surmonté des bougies marquant les 10 ans de ces festivités, les stands arborant leurs marchandises et autres découvertes autour, sur, pour, avec… la violette pour héroïne.

10 ans de violettes
10 ans de violettes

Les stands ludiques avec des plants de violettes, à la découverte de ses nombreuses variétés. Les enfants, comme chaque année, viennent plonger les mains dans le terreau pour remplir le petit pot où la délicate plante sera installée (par l’agent municipal) dans l’attente de sa floraison.

La marmaille, ravie et exceptionnellement silencieuse, tend son délicat paquet cadeau à bout de bras, en harmonie avec la nature.

sophiehesboissophiehesbois

La violette se décline sur le linge de maison, les savons, parfums d’intérieur ou parfums pour le corps (voilà pour la maison). On trouve aussi le stand bibelots et cadeaux dans toutes lessophiehesbois nuances et formes violettes, modernes ou désuets, pour le plaisir futile, trace d’un moment, souvenir indélébile ;

Les déclinaisons pour la cuisine, arômes, fleurs et autres billes cristallisés, alcools, chocolats… plaisirs utiles et éphémères, pour un goût de violette.

Enfin, les dégustations de viennoiseries. Là, je m’arrête devant le stand d’ « un autre pain », où la patronne habillée de tradition, présente ses viennoiseries au goût de violette DSC_0100(mais pas seulement). Elle offre une dégustation de coques à la violette (délicieuse ! j’adore le goût de la violette !), brioche goûteuse, moelleuse, au parfum subtil de violette. Une réussite ! Pour trouver ses produits, il faut se rendre à Montauban, avenue Charles de Gaulle.

Je prendDSC_0098s des photos des produits : croquants, coques etc… foufounettes ?!

La femme, généreuse et avenante, s’approche et me présente les fèves « maison ». Elles sont fabriquées « sur mesure », et je sens qu’elle est fière de leur travail minutieux de conception et de confection. « Celle-ci, c’est la représentation de notre croquant, là-bas », me montre-t-elle.

sophiehesbois

J’aime l’artisanat local, j’aime la créativité, j’aime ce qui rend un produit original et donc précieux. Lorsqu’en plus, il est bon, il faut le dire !

Je poursuis tranquillement mon immersion dans cette tranche d’arc en ciel apaisante. L’ambiance est à la sérénité, ce n’est pas toujours le cas dans les rassemblements du moment. Pause paisible, parenthèse bienheureuse en ce samedi 6 février. On en a tous besoin.

La fête de la violette – La belle liégeoise

Toulouse, samedi 6 février. Le temps est particulièrement beau, le ciel limpide, la température printanière et la fête de la violette ouvre sa 10ème édition. Il n’en faut pas plus pour m’armer de mon appareil photo en quête d’instantanés dans la ville rose, pour capturer la vie violette.

Je longe les berges de la Garonne pour échapper au bruit de la circulation sur l’avenue de Muret. Nouvellement refait, le chemin est fréquenté de piétons, cyclistes, de joggeurs et de flâneurs. J’emplis mes poumons dans cette parenthèse, entre ville et fleuve, saisie d’un sentiment de liberté renouvelé.

J’aborde le quartier Esquirol, pris d’assaut par la foule. Je remarque les nombreux sacs aux bras des passants : ah, oui, les soldes courent toujours et le peuple après elles.

Cela dit, ce n’est pas tout à fait vrai : été comme hiver, chaleur ou froid, soldes ou pas, le centre ville est toujours noir de monde le week-end. Toulouse fête toute l’année la joie de vivre, l’envie de le démontrer, de s’agiter ; Toulouse est un cœur qui bat d’un rythme régulier, immuable.. insouciant.

Je bifurque dans la rue des Changes pour remonter vers la place du Capitole où se déroule la fête de la violette.

Les boutiques charrient une populace satisfaite, déterminée ou curieuse et flâneuse. Les effluves des commerces de bouche titillent mes narines. J’en suis le subtil filet, après mon odorat, ma vue découvre l’objet de ce soudain intérêt alimentaire : une gaufre. Mais pas n’importe quelle gaufre !la belle liégeoise

Celle-ci, dans la main du passant, est dorée à souhait, elle semble croustillante et moelleuse à la fois. Je dois en savoir plus. J’approche la boutique et là, une queue digne de Pom’cannelle sur l’île Saint Louis* ! Les clients s’agglutinent autour d’une petite vitrine où deux ma
chines à gaufres exhalent leur fumet. Je m’installe, objectif au poing, papilles en alerte, pupilles à l’affût pour découvrir le secret de la prestation : une pâte à brioche ferme et souple à la fois, puis une gaufre dorée et enfin, le chocolat !

La gaufre au chocolat, ici, ne se résume pas au mince filet de sauce parfumée versé sur la la belle liégeoiseviennoiserie. Non, ici, à l’aide d’une tige, on perce trois trous sur le côté de la gaufre et on y glisse autant de petites barres de chocolat noir qui fondent délicieusement sous la chaleur de la pâte tout juste décollée de son moule. Un régal pour les yeux, pour le nez, pour la bouche !!

Satisfaite d’un plaisir simple et gourmand, je reprends mon chemin par la rue Saint Rome vers la place du Capitole…

*Pom’Cannelle est un glacier-crêperie (dépositaire de glaces Bertillon) situé sur l’île St Louis, rue des DeuxPonts à Paris. Découvert sur le conseil de mon banquier (à l’époque où l’on rencontrait de « vrais conseillers » derrière un comptoir), cette boutique simple a priori, offre une palette de gourmandises de qualité, des parfums de glace à se damner, à des prix très raisonnables. Mon conseiller, qui n’avait pas l’adresse en tête m’avait dit « vous ne pouvez pas les rater, il suffit de suivre la queue sur le trottoir ! ».  Et c’est vrai, je l’ai trouvé comme ça ! Incontournable !

récit de vie VS journal intime

Le récit de vie

La prise de conscience la plus déstabilisante, lorsque l’on s’attaque au chantier de sa biographie, c’est de réaliser qu’il va falloir organiser le tri des souvenirs. De nombreux souvenirs.

Comme si des dizaines de tiroirs remplient de photos et de pages manuscrites allaient devoir subir le douloureux moment de la coupe franche : réduire l’ensemble à un seul tiroir.

Il apparait soudain évident que tout ne sera pas gardé ni immortalisé.

Mais quels souvenirs garder ? lesquels occulter ?

Vient aussi l’angoisse du détail oublié : tant de choses se sont effacées, altérées qui semblaient importantes ; certains événements se sont brouillés avec le temps, parfois même, on en mélange les protagonistes !

Qu’importe ! Tout dépend du but de ce long travail de mémoire : à qui est destiné le récit de sa vie ? Quel message veut-on laisser, si message il doit y avoir ?

On s’aperçoit vite que les détails n’ont pas tant d’importance. Dans le récit de vie ou la biographie, il s’agit de marquer –comme dans tout bon roman- un point de départ et un point d’arrivée. Entre les deux, un fil conducteur raconte comment s’est déroulée cette traversée vers la maturité ou vers l’acceptation du « destin » que le narrateur s’est construit.

Ce que l’auteur/le narrateur a appris, a gardé d’essentiel d’une vie ou d’un moment de vie, voilà ce qui va être transmis entre les lignes des faits qui seront sélectionnés, rassemblés, relatés.

Ce qui a mené d’un point A à un point B. Ce qui intéresse le lecteur, « l’héritier », c’est de savoir pourquoi (il est là, il a vécu « ça » ou n’a pas vécu « ça », etc) et comment est arrivé ce qui est arrivé, le bon comme le moins bon. Le pourquoi, c’est le point A et son corollaire. C’est le chemin (exemple : « c’était la guerre, on devait tout abandonner derrière nous… »).

Le comment, ce sont les pas sur ce chemin, le texte le plus volumineux à rédiger. Et le but enfin, l’arrivée, le repos, l’instant où tout est fait, tout est dit et qu’il ne reste plus qu’à accepter. La clé qui se tourne (la dernière phrase, l’essence, le sens d’une vie) et le livre qui se referme.

Ce que le lecteur va recevoir comme un cadeau : l’autre, l’auteur, le héros de la biographie ; sa vie et son impact sur son entourage, probablement sur le lecteur lui-même.

Le journal intime

C’est un écrit régulier, généralement quotidien. Il a pour vocation première, souvent inconsciente, d’aider son propre rédacteur. Il est rédigé au présent, c’est le texte de l’immédiateté, dans toute sa passion, son manque de recul. Le journal est dans l’instant ce que l’auteur ressent ou vit très concrètement. L’auteur parle là de ses angoisses, ses joies, ses peines, ses amours, ses attentes, ses rêves…

Le journal intime est comme un rêve « digestif », celui qui permet pendant le sommeil de vider sa mémoire, trier les souvenirs, les émotions, d’assimiler les événements du jour pour mieux libérer la mémoire, préparer la nouvelle journée.

Il est appelé « intime » car il n’est, en principe, pas destiné à quelqu’un d’autre que son auteur ou parfois à un conjoint.

Il n’est pas rare que quelqu’un en difficulté dans sa vie, immobilisé par une situation d’attente, des décisions difficiles à prendre, des choix compliqués à faire, prenne un moment de pause pour feuilleter son journal, souvent au hasard, et y trouver une réponse inattendue, généralement adéquate au problème du moment.

Les réponses à nos problèmes, à nos questions sont en nous et il arrive qu’elles soient déversées dans le journal intime inconsciemment. Hors de nous, consignées dans des pages afin d’être disponibles; des pages ouvertes lorsque leur message sera en mesure d’être compris.

Les correspondances ont aussi ce pouvoir lorsqu’il est possible de récupérer les longs courriers racontant des événements, petits ou grands. A leur relecture, des mois ou des années plus tard, tout semble s’éclairer, se comprendre sous un nouveau jour !

L’email remplace souvent le journal intime car cela reste un texte écrit en solitaire et donc, qui n’est pas interrompu par un échange en vis-à-vis ni par aucune gêne soudaine en croisant un regard scrutateur.

Au lieu d’être enfermé dans un cahier, le texte de l’instant est noyé dans une foule de courriels comme autant d’enveloppes renfermant un précieux message.

N’avez-vous jamais relu un ancien mail de votre boite « courrier envoyé » et vous étonnez de vos certitudes, de vos angoisses ou de vos joies ? De vos réflexions aussi ? Ne vous êtes-vous jamais trouvé(e) dur(e) ou au contraire apathique ? naïf (naïve)? combatif(ve) ?

Le but du journal personnel/intime ou d’autres écrits réguliers et détaillés, car quasi-quotidiens, est de tracer la route vers ce que vous êtes intrinsèquement sans le soupçonner encore. Si vous pouvez prendre un peu de recul pour le relire parfois, il vous indique par la voix que vous prenez, que vous lisez ce que vous êtes en train de devenir.

Je dis sciemment « en train de » car en aucun cas, le journal intime ne trace un destin immuable (ce qui est le cas de la biographie car elle raconte le passé). Au contraire, le journal intime donne les pistes, les alarmes, détaille les failles de raisonnements au fil des jours, il dit tout, même ce que l’auteur ne veut pas voir ou savoir.

Si l’auteur relit ses mots et accepte ce qu’il devine, sait déjà, il peut changer sa vie et la ramener sur une voie plus agréable.

Le journal intime est une carte sur laquelle les chemins se construisent, s’effacent et peuvent changer d’orientation constamment.

La biographie est une carte définitive sur laquelle on peut déchiffrer et suivre le trajet d’une vie ou d’un moment de vie passé.

Un héritage inaliénable

Se souvenir nécessite un temps de réflexion sur son passé, un temps d’arrêt qu’il faut être prêt à faire.

Il faut avoir vécu un événement, suffisamment marquant pour que vous souhaitiez le préserver et/ou le partager.

Généralement, on associe une biographie à une personne plutôt âgée. En principe, on dit même qu’une véritable biographie est posthume afin qu’aucun évènement qui trace la personnalité, le parcours d’un individu dans son entier ne soit oublié. De fait, la biographie d’un vivant n’est jamais aboutie. Il s’agirait, si l’on veut employer un terme plus adéquate, d’un récit de vie.

De plus en plus pourtant, nous ressentons le besoin, voire la nécessité de marquer notre chemin durablement. Comme une étoile sur le célèbre « walk of fame » d’Hollywood immortalise la vie d’un artiste, pour les anonymes que nous sommes l’écriture d’un journal, de carnets de notes ou de voyages comme la rédaction de notre biographie retracent, chacun à sa manière, les évènements qui nous ont façonnés. Nous accumulons au fil d’une vie, des situations, des faits qui méritent d’être racontés, écrits, mémorisés.

Nous devenons le héros ou l’héroïne de notre propre histoire. Pour nous-même, pour notre famille, pour nos proches.

Jeunes ou moins jeunes, nous avons tous au fond du coeur, quelque part dans nos souvenirs un évènement qui remonte de façon récurrente à notre mémoire. Un bon souvenir comme une nostalgie (c’était le bon temps, j’aurais aimé que cet instant dure toujours…), un moment difficile comme une question restée sans réponse (pourquoi moi/elle/lui ? qu’aurais-je pu faire ou dire pour éviter cela ? pour supporter cela ? pour provoquer cela ? etc)

Pour chaque personne, ce qui compte, c’est l’intensité de ce moment particulier qui fait qu’il ne s’efface pas, qu’il refait surface, qu’on l’évoque, qu’on ne veut surtout pas l’oublier. C’est ce fragment de vie qu’un jour vous tenez à faire connaitre car il dit qui vous êtes, la direction qu’il vous a fait prendre, il explique qui vous êtes devenu.

Chacun, quels que soient son âge, son milieu, son parcours, dispose de souvenirs de ceux qui ont changé le lendemain. Tous ces moments que vous sentez remonter en vous sont  ceux qui vous ont façonnés, ceux qui font votre identité, qui font de vous ce que vous êtes ou prépare ce que vous serez.

Il n’y a pas d’âge pour avoir envie d’écrire, d’immortaliser ou de partager un moment de sa vie.

Il s’agit de votre héritage inaliénable. Car votre vie, anonyme ou non, est riche d’expériences qui ont une influence sur vous-même et ceux qui vous côtoient.